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Dans les cités, l’écologie pour améliorer la vie

Publié le lundi 17 octobre 2016

« Bienvenue dans l’appartement écologique ! » En Seine-Saint-Denis, dans un logement vacant de la grande cité HLM de Stains, Doudou Mbaye initie les habitants aux « éco-gestes ». Et visiblement, c’est un succès.

Depuis le lancement fin septembre de cette opération pédagogique, les curieux – des femmes, en majorité – défilent dans ce quatre-pièces, sorte d’appartement-témoin des bons réflexes écolos, imprégné d’une délicate odeur de thé à la menthe.

Dans la cuisine d’abord, la visite s’attarde sur tous ces petits gestes pouvant générer de grandes économies.

Dégivrer son frigo quatre fois par an pour limiter la consommation d’énergie, en vérifier les joints en passant une feuille de papier, couvrir l’eau à bouillir, éliminer de temps en temps (au vinaigre) le calcaire de la bouilloire…

« Si on peut acheter un appareil classe énergétique A, on récupère vite le prix sur la consommation », argumente Doudou, titulaire d’un master de gestion environnementale, salarié de la régie de quartier à l’origine de cet « appartement » ouvert pour trois semaines.

Près de l’évier, il rappelle que l’eau est potable. « Et moins chère! » que les bouteilles, dit-il, lui qui voit passer chaque jour « toutes ces mamans avec leurs packs ».

Devant lui, un petit groupe amené par le bouche-à-oreille, les associations…

« Leur priorité est en général de réduire leur consommation d’eau et d’énergie », explique Doudou Mbaye.

Mais c’est aussi « vivre mieux »: « logement, emploi, sécurité sont ici les premières préoccupations, mais toutes renvoient à l’amélioration du cadre de vie », souligne le maire, Azzédine Taïbi (FG), qui soutient l’opération avec l’office HLM OPH93.

Pour lui, « il faut parler écologie dans nos quartiers populaires car c’est ici que sont les premières victimes de la pollution, ou de la consommation à outrance ».

« Pas que pour les bobos »

Proche d’autoroutes, du plus grand aéroport de France, constamment survolé par les avions, l’ensemble du Clos Saint-Lazare est aussi composé de nombreux immeubles construits avant 1977 et les premières réglementations sur l’énergie, comme une grande part du parc immobilier du département.

La rénovation urbaine a commencé et doit prendre plusieurs années.

« Mais les locataires doivent accompagner le mouvement », insiste Stéphane Troussel, président (PS) du département et de l’OPH93. « On isole, on change les fenêtres, on fournit des ampoules basse consommation, des douchettes économisant l’eau, encore faut-il bien les utiliser ».

« L’écologie ne doit pas être réservée aux bobos! », dit l’élu, lui-même natif du 93. « Elle devrait même presque d’abord s’adresser aux quartiers populaires ».

Pour l’auditoire de Doudou, certains gestes sont déjà connus, d’autres une découverte. « C’est bon à savoir », commente une dame, frappée, comme beaucoup, par le potentiel des économies en eau.

Un mousseur à visser sur le robinet fait passer le débit de 15 à 6 litres par minute, pour un confort égal. « Et quand on prend une douche, 5 minutes ça suffit! », dit Douaa Dhaoui, une jeune mère de famille.

Les ateliers sur les produits d’entretien naturels et sur les cosmétiques maison ont eu du succès.

« On pense à notre santé », dit Nadia Hamadi, animatrice dans une école. « Trop de produits chimiques ce n’est pas bon. On revient aux recettes de nos mamans. Le vinaigre blanc par exemple, ce n’est pas cher, ça fait briller, et ça chasse les moustiques! »

Aérer les pièces pour évacuer les polluants intérieurs, souvent les plus nocifs. Eteindre les appareils plutôt que les mettre en veille, surtout dans des appartements suréquipés. Et commencer à trier ses déchets, dans un département où le tri sélectif s’installe peu à peu. Autant de consignes à tenter de généraliser.

Et « l’appartement écologique » sera-t-il, lui, généralisé? Rien de sûr encore. Les organisateurs mesurent en tout cas les progrès réalisés: les trois ateliers éco-gestes organisés précédemment en ville avaient seulement attiré… neuf personnes.

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