csogrv7wyaa5l2w

Lettre ouverte pour la préservation du Parc forestier de la Poudrerie

Lettre ouverte pour la préservation du Parc forestier de la Poudrerie à l’attention de Ségolène Royal et de Valérie Pécresse, signée avec François Asensi et Pascal Popelin. J’ai proposé ce matin aux maires présents lors du rassemblement au Parc de la signer également. Etat et Région doivent prendre de manière urgente des engagements ; le Département est prêt à maintenir sa participation en 2017 :

lettre-ouverte-pour-la-preservation-du-parc-forestier-de-la-poudrerie-1 lettre-ouverte-pour-la-preservation-du-parc-forestier-de-la-poudrerie-2

Share Button
voieberges

Piétonisation des voies sur berges : une étape pour mieux respirer à Paris et en banlieue

> A lire sur Le Plus / Nouvel Obs

La maire de Paris, Anne Hidalgo, veut interdire définitivement la circulation sur les berges de Seine rive droite. Stéphane Troussel, Président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, la soutient dans sa démarche. Il voit dans l’initiative de la maire « une chance pour les Parisiens », mais surtout, « une chance pour les habitants de la Seine-Saint-Denis et de toute la métropole. »

Édité par Julia Mourri / Auteur parrainé par Hélène Decommer

6.600 décès par an liés à la pollution de l’air et deux ans d’espérance de vie en moins. Ces chiffres éloquents concernent l’ensemble de la Métropole. « Ne rien faire, c’est se rendre coupable de non-assistance à personne en danger » affirment les pneumologues.

L’urgence à agir pour améliorer la qualité de l’air dans l’ensemble du Grand Paris n’est plus à démontrer. Il faut placer ce débat à la hauteur de l’enjeu qu’il soulève : celui de la construction d’une politique publique locale cohérente de transition écologique.

Les collectivités doivent agir, et Anne Hidalgo a raison. Le choix politique fort porté par la maire de Paris et sa majorité est une chance. C’est une chance pour les Parisiens. C’est une chance pour les habitants de la Seine-Saint-Denis et de toute la métropole.

Ne pas faire l’autruche

Une telle politique publique ne peut pas être abordée par le petit bout de la lorgnette. C’est un projet urbain qui, presque un an après les engagements de la COP21, esquisse le chemin de la transition énergétique.

Il réclame du courage, de la vérité et de l’anticipation.La confrontation que certains instrumentalisent entre les parisiens et les « banlieusards » est factice. Elle masque mal la défense d’intérêts particuliers : ce sont les mêmes qui ont parfois freiné les projets de transports collectifs, comme les tramways ; ce sont les mêmes qui toujours défendent les petits et grands privilèges d’un ouest plus favorisé; ce sont les mêmes qui ont réduit ou supprimé les crédits à Airparif.

À l’heure de la construction métropolitaine et face aux enjeux de santé publique, je préfère réfléchir aux nouvelles mobilités, au maillage territorial des transports collectifs ou à l’effacement des ruptures réelles et symboliques entre Paris et la petite couronne. Nos enfants et nos petits enfants ne nous pardonneraient pas d’avoir fait l’autruche considérant que les difficultés venaient de chez le voisin.

Apaiser la circulation

Président d’un département populaire où il reste encore beaucoup à faire, je ne me rangerai jamais derrière la bannière de ceux qui, en réalité, ne défendent que le statu quo. En Seine-Saint-Denis, les enjeux liés à la transition écologique et à la pollution de l’air, notamment aux abords des grands axes routiers, sont plus forts que partout ailleurs.

Réussir la transition écologique, ce n’est pas seulement signer des accords comme à la COP21. C’est aussi les mettre en œuvre concrètement et localement. Ce travail est déjà à l’œuvre par le rattrapage des retards d’accès aux transports en commun en Seine Saint-Denis, par l’extension d’autolib et de vélib.

Il nous faut aller plus loin, par exemple en travaillant avec Paris à la transformation du périphérique en boulevard urbain. Mais aussi en réaménageant les grandes balafres que sont trop souvent les autoroutes et les nationales qui traversent nos villes : A1, A3, A4, A86, RN2, RN3 en Seine-Saint-Denis.

La circulation doit y être apaisée, les véhicules les plus polluants progressivement remplacés et le recours aux modes doux de circulation favorisés.

Accès gratuit aux espaces de loisir

J’ai engagé ma collectivité dans un plan de développement des mobilités durables sur les routes départementales et je vais proposer de redonner un nouveau souffle aux grands parcs départementaux en y investissant fortement. L’objectif est double : améliorer le cadre de vie des habitants et répondre aux grandes mutations territoriales qui s’engagent.

A ce titre, la piétonisation des voies sur berge n’est pas une lubie écolo-parisienne, comme le prétendent certains, c’est un projet de reconquête des espaces publics, c’est le projet d’une ville durable pour les habitants de toute la métropole.

Le succès de Paris plage ne se mesure pas seulement au nombre de parisiens ou de touristes qui s’y rendent, mais aussi au nombre d’habitants des départements limitrophes qui en bénéficient. Ce nouveau projet de piétonisation est aussi celui de l’accès gratuit à des espaces de loisirs, de partage, de sport ou de culture.

La ville capitale est dans le cœur de tous les franciliens qui y travaillent, y flânent, y consomment. Ce débat est donc l’affaire de tous ceux qui veulent construire un Grand Paris respectueux du bien-être de ses habitants.

Enregistrer

Share Button
cskau1nwgaamkj_

Annonces de Bernard Cazeneuve sur la sécurité : un plan de rattrapage nécessaire et bienvenu

La présence aujourd’hui 12 septembre 2016 du Ministre de l’intérieur marque la reconnaissance par l’Etat de la situation particulière de la Seine-Saint-Denis en matière de sécurité.

bcazeneuve1

Le département a subi de plein fouet la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, mise en œuvre par la précédente majorité.

Comme il l’avait fait pour l’Education nationale en demandant des mesures spécifiques pour faire face aux besoins du territoire, Stéphane Troussel avait alerté à plusieurs reprises l’Etat sur la situation en matière de sécurité.

Cette rentrée s’avérait particulièrement difficile suite aux départs par voie de mutations de nombreux policiers non remplacés.

Face à cette situation particulière, il a demandé au Ministre un plan de rattrapage qui permette d’assurer à chaque commissariat les moyens de fonctionner sans renier les missions essentielles de présence d’effectifs sur le terrain. Il a aussi indiqué la disponibilité des élus locaux pour travailler à des mesures de fidélisation des personnels sur le territoire (logement, prime…).

En annonçant l’arrivée de 300 policiers d’ici la fin de l’année et la fidélisation de 2 forces mobiles, le Ministre a pris la mesure de la situation en engageant un plan de rattrapage plus que nécessaire. Affecter plus de moyens là où il y en a le plus besoin est la bonne solution. Les mesures permettant de rendre attractif le département sont une bonne nouvelle pour rendre ce plan de rattrapage durable et crédible.

Stephane Troussel salue aussi les dispositifs particuliers pour assurer la sécurité des personnes d’origine asiatique. Il est prêt à travailler avec les services de l’Etat et les associations sur cette question.

Ces annonces doivent permettre de retrouver le chemin de l’égalité en matière de sécurité pour les habitants de Seine-Saint-Denis.

bcazeneuve2

A quelques mois des élections présidentielles, c’est un sujet qui ne manquera pas d’être instrumentalisé par certains.

Le souvenir des nombreuses suppressions de postes de policiers sous la présidence de Nicolas Sarkozy et la course à l’échalote sur le nombre de fonctionnaires à supprimer dans les programmes de tous les candidats de droite à la prochaine présidentielle, rendent inconséquentes les déclarations fanfaronnes sur le sujet.

Share Button
securite pour tous3

Intervention lors de la manifestation « Sécurité pour tous »

securite pour tous 2

Un rassemblement intitulé « Sécurité pour tous » s’est tenu hier Place de la République à Paris, en soutien aux français d’origine asiatique victimes de préjugés racistes et d’agressions, auquel j’ai participé aux côtés d’autres élus. Voici le texte de mon intervention : 



Il était essentiel pour moi, pour nous, élus de la République, dans la diversité de nos sensibilités et des territoires que nous représentons d’être présents aujourd’hui à vos côtés.

D’abord, pour partager votre colère, votre douleur, votre tristesse, et dire notre soutien, notre compassion, notre solidarité à la famille de Chaolin Zhang.

Il faut maintenant que tout soit mis en œuvre pour que les auteurs soient sévèrement punis. L’enquête s’est accélérée ces derniers jours. La justice doit passer avec la plus grande fermeté, la plus grande sévérité pour sanctionner ce crime odieux.

securite pour tous6

Mais au-delà de notre colère, de notre peine, il faut aussi renforcer la sécurité dans nos quartiers, dans nos villes. En ce qui concerne mon département, la Seine-Saint-Denis, je n’accepte pas, nous n’acceptons pas qu’avec autant d’habitants que les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis ait moins de commissariats, moins de policiers. Je l’ai dit au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Il se déplacera dans les tout prochains jours en Seine-Saint-Denis : je souhaite, j’espère, je crois, qu’il annoncera des mesures fortes.

Faire plus pour la sécurité, c’est aussi chacun dans nos responsabilités d’élus locaux, utiliser tous les moyens techniques (caméras, alarmes, dispositifs anti-intrusion,…) pour surveiller et protéger les hommes et les femmes, dans l’espace public, les bâtiments publics.
C’est aussi mobiliser des moyens pour la traduction dans les commissariats, dans les services publics, pour vous permettre de déposer plainte, de protéger, d’accompagner les victimes. Dans la responsabilité qui est la mienne, je suis prêt, nous sommes prêts à accompagner les initiatives qui vont dans ce sens.

securite pour tous5

Etre là à vos côtés, c’est aussi dire notre refus de cette violence, de cette haine, de ces préjugés racistes qui s’exercent à l’encontre de nos concitoyens chinois et nos concitoyens français d’origine chinoise et plus généralement asiatique.

Nous sommes la France, nous aimons la France aussi parce que vous êtes là, parce que vous avez vocation à être durablement présents en France, en Ile-de-France et dans un département comme la Seine-Saint-Denis.

La stigmatisation, la division, la haine doivent cesser. Rassemblons-nous pour faire société et nation communes.

Share Button

Lettre ouverte à Laurent Bouvet

Lettre co-écrite avec Mathieu HANOTIN, Député et Conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis




Contrairement à ce qu’affirme Laurent Bouvet, il nous semble légitime et même indispensable de nous opposer aux propos tenus par Jean-Pierre Chevènement sur France inter.

 

Il nous semble indispensable de dénoncer ces propos puisqu’ils font la confusion entre la couleur de peau ou l’origine et la nationalité. Dire qu’il suffit de « regarder » à la sortie du métro pour se rendre compte que la nationalité française a quasiment disparu de Saint-Denis, c’est faire injure à une partie de nos concitoyens, qui n’ont – n’en déplaise à Monsieur Chevènement – pas la peau blanche, c’est nier à une partie de nos compatriotes la qualité de Français. Ces propos sont, en tout état de cause, inexacts puisque selon les chiffres de l’INSEE en 2012, 70% des 108 274 habitants que comptait alors la ville étaient français. Il ne s’agit pas ici de stratégie électoraliste comme le clame Monsieur Bouvet, mais d’une réaction de bon sens : comment ne pas s’indigner en entendant de telles allégations ? Concernant la soi-disant non condamnation de réunions « réservées aux personnes racisées », nous tenons à rappeler que nous condamnons avec la même force toutes les formes de racisme et que nous ne faisons pas de hiérarchie dans la haine. Au mois de juin dernier, les socialistes de Saint-Denis se sont d’ailleurs publiquement élevés au nom de l’égalité contre la tenue sur l’espace public de notre ville d’un rassemblement à l’appel d’organisations prônant ce type d’initiatives excluantes.

D’autre part, il nous semble que tout un chacun est légitime et a le droit – voire même le devoir – de s’opposer à ces dérapages incompatibles avec les valeurs de la République française. Puisque certains semblent l’oublier, nous nous devons de rappeler que la République est garante de l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.

Monsieur Bouvet fait du long et prestigieux parcours politique de Monsieur Chevènement un argument d’autorité justifiant a priori tous ses propos. Nous sommes d’ailleurs étonnés, pour ne pas dire estomaqués, de voir que Monsieur Bouvet considère, dans des termes franchement peu amènes et méprisants, que nous ne sommes pas selon lui qualifiés à nous opposer à Monsieur Chevènement. Depuis quand le Président d’un Conseil départemental et un Député, tous deux élus par leurs concitoyens, doivent-ils demander la permission de s’exprimer à des politologues ? Depuis quand des élus de la République doivent-ils s’excuser de défendre les valeurs fondamentales de celle-ci quand elles sont remises en cause ? Nous avons un profond respect et même de la reconnaissance pour ce grand militant de gauche, animateur du CERES, ancien Ministre de l’Education Nationale, de la Défense et de l’Intérieur, mais son statut ne le dispense pas de conserver sa rigueur intellectuelle et son discernement.

Quant à ce conseil de « discrétion » donné à nos concitoyens de confession musulmane, il faut là encore rappeler que la loi de 1905 n’exclut pas la religion de l’espace public mais en fait un lieu de libre expression. Les propos de Monsieur Chevènement sur l’Islam sont pour nous dans la même veine que la polémique ridicule et inutile sur le burkini ou que le débat déflagrateur pour l’unité du peuple français sur la déchéance de nationalité: ils alimentent la stigmatisation des personnes de confession musulmane dans notre pays. On peut juger que le burkini n’est pas le modèle que nous défendons pour les femmes -et c’est ce que nous pensons- tout en considérant que son interdiction par la loi est à la fois contraire au principe de laïcité et contreproductive.

Pour finir, nos doutes quant à la légitimité de Monsieur Chevènement à diriger la Fondation pour l’Islam de France ne tiennent évidemment en rien au fait qu’il ne soit pas musulman. Ce qui pose problème selon nous, ce sont ses propos répétés sur sa conception de la nationalité française dont il ne s’est à cette heure toujours pas excusé préférant prétexter une incompréhension ou un quiproquo.

Alors que le débat public s’enkyste dans d’inutiles et regrettables polémiques qui altèrent la cohésion nationale et donnent une bien piètre image de la France à l’international, il nous semble indispensable que chacun reprenne le chemin de l’apaisement et de la sérénité.

Share Button
640x360x721254--640x360.jpg.pagespeed.ic.elcBSC30HC

La Seine-Saint-Denis : de la créativité, une énergie…mais aussi un besoin de reconnaissance et de confiance

Inerview au Bondy Blog

Le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, a pris la plume pour un communiqué. Il y demande à François Hollande de renoncer à la nomination de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation de l’islam de France. Nous l’avons rencontré. Interview.

Bondy Blog : « Qu’est ce qui pose problème selon vous avec la nomination de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation de l’islam de France ?

Stéphane Troussel : Je n’avais pas d’a priori particulier sur Jean-Pierre Chevènement. On aime ou on n’aime pas son parcours, ses sorties. Personne ne peut lui reprocher un certain nombre de choses. Il a eu des positions courageuses, sur la guerre du Golfe par exemple (ndlr : il s’est opposé à la participation de la France à l’intervention militaire en Irak en 1991, démissionnant de son poste de ministre de la Défense), une sensibilité sur la question de l’organisation de l’islam de France. Mais entre son appel à la discrétion des musulmans et sa prise de parole lundi à la radio, évoquant notamment les 135 nationalités de Saint-Denis et la disparition d’une nationalité. Que veut-il dire ? Que la nationalité française a disparu de Saint-Denis? Que pour être français, il faut être blanc ? Que les Noirs et les Arabes ne sont pas français ? Sans parler de ses propos affirmant que « 80 % des enfants dans les écoles primaires de Seine-Saint-Denis ne maitrisent pas la langue française ». C’est insupportable.

Bondy Blog : Il n’est pas fait pour ce poste ?

Stéphane Troussel : Si à chaque fois qu’il prend la parole, il créé la polémique…

Bondy Blog : C’est pour cette raison que vous avez demandé à ce que François Hollande et Bernard Cazeneuve renoncent à cette nomination ?

Stéphane Troussel: Oui mais visiblement, cette demande n’a pas été écoutée…

Bondy Blog : Jean-Pierre Chevènement s’était déjà fait remarquer lorsqu’il a conseillé les musulmans à la discrétion. C’était il y a deux semaines. Pourquoi ne pas avoir réagi à ce moment-là ?

Stéphane Troussel : Vous avez raison. Mais si je devais m’exprimer sur tout ce qui est inacceptable, je réagirais très souvent…Cette stigmatisation de la Seine-Saint-Denis, de la population de ce territoire, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Bondy Blog : Matignon vous a appelé ?

Stéphane Troussel : Non ! Mais une autre collègue, Bariza Khiari, (ndlr sénatrice PS) elle aussi critique des propos de Jean-Pierre Chevènement et de cette nomination a été approchée. J’ai cru comprendre qu’on lui a expliqué qu’il fallait éviter de trop s’exprimer.

Bondy Blog : Qui serait la ou le plus à même à occuper ce poste selon vous ? D’autres personnes auraient pu présider cette fondation, notamment des personnalités musulmanes ou de culture musulmane, ayant une connaissance du sujet. Par exemple la sénatrice Bariza Khiari dont le nom a beaucoup été cité.

Stéphane Troussel : Je n’ai pas de nom ni d’idée précise. Bariza Khiari, oui, pourquoi pas. Ce que je sais c’est qu’il est temps que la société française vive sa relation avec l’islam de manière apaisée et sereine, que l’on ne mélange pas tout. D’autant plus que la manière dont les choses ont été lancées ont participé à la confusion. Pas sûr que ce soit le bon tempo étant donné les derniers attentats. Mais la question des lieux de culte, du financement, de la place des mosquées dans les villes se pose, même si de multiples solutions sont trouvées.

Bondy Blog : Il reste tout de même des difficultés pour certaines mosquées et lieux de prière à simplement exister…

Stéphane Troussel : Oui mais nous arrivons tout de même à trouver des solutions.

Bondy Blog : Certains, dont des Français de confession musulmane, s’interrogent sur la pertinence et la légitimité même d’une telle fondation.

Stéphane Troussel : L’idée de Bernard Cazeneuve d’avoir une fondation sur l’islam concerne le pays tout entier. Cela ne concerne pas que les musulmans pratiquants ni ceux de culture musulmane mais bien tout le pays, tous les Français. Surtout, quand l’islam est aujourd’hui la deuxième religion du pays et que des gens, au nom de l’islam, ont des dérives inacceptables en commettant des actes terroristes. Il y a un besoin de connaître l’importance de la culture, l’apport de l’islam dans un tas de domaines.

Bondy Blog : Que répondez-vous à ceux qui estiment que cette fondation a des allures de paternalisme envers les musulmans voire de néo-colonialisme ?

Stéphane Troussel : Je peux comprendre cette inquiétude. Il faut que le fonctionnement, les attendus, les objectifs de cette fondation soient clairs. Les déclarations de Jean-Pierre Chevènement pourraient alimenter ces craintes. Il est temps que notre pays se mette les idées au clair.

Bondy Blog : C’est-à-dire ?

Stéphane Troussel : Je ne veux pas que cette analogie soit mal interprétée mais il a fallu attendre 1995 pour reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vél d’Hiv. Il reviendra à ma génération, à notre génération, aux 35-55 ans de prendre les mêmes responsabilités pour s’interroger sur le rôle de la France, des gouvernements dans la colonisation et la décolonisation. Car le rapport de la société française à l’islam est lié au passé colonial dont nous n’avons pas fait la lumière, dont nous n’avons pas débattu collectivement. C’est urgentissime pour la société française, pour les gamins de la Seine-Saint-Denis. Il est temps. François Hollande avait commencé à faire un premier pas en 2012 mais ce n’est pas suffisant.

Bondy Blog : Quel est le travail à faire sur cette question-là ?

Stéphane Troussel : Il faut ouvrir les archives, il faut faire en sorte d’enseigner cela dans les manuels scolaires, organiser des colloques, des conférences, y compris sur la place des habitants originaires de ces anciens territoires coloniaux et de ce qu’ils ont apporté à la France. Car cela pèse dans un certain nombre de malaises de la société.

Bondy Blog : Qu’avez-vous pensé de la polémique sur le burkini ?

Stéphane Troussel : Le droit c’est le droit. La loi c’est la loi. Ce n’est pas parce que je considère le débat grotesque que je suis devenu défenseur du burkini. Je vois bien qu’il peut y avoir des interrogations sur la question de l’émancipation des femmes, à s’habiller comme elles l’entendent, que cette tenue peut interroger un certain nombre de femmes sur la liberté de leurs corps, sur le choix de leurs tenues, que cela peut heurter. J’en reste à la question de ce que dit la loi.

Bondy Blog : Ce qui n’est pas interdit est autorisé.

Stéphane Troussel : Oui.

Bondy Blog : Bien que certains ont du mal à accepter la décision du Conseil d’Etat.

Stéphane Troussel : Je regrette que le Premier ministre ait poursuivi le débat après la décision du conseil d’Etat.

Bondy Blog : Comment avez-vous ressenti le fait que Manuel Valls soutienne des maires et leurs arrêtés anti-Brukini dont un sénateur-maire FN, David Rachline ?

Stéphane Troussel : Je l’ai mal ressenti, je l’ai mal ressenti… Et on ne peut pas appeler les musulmans régulièrement à l’application de la laïcité, la séparation stricte du spirituel et du temporel et finalement faire croire que l’islam est le principal problème auquel nous sommes confrontés. Les habitants que je croise à La Courneuve me parlent principalement d’éducation, de sécurité. Nous avons passé notre été à faire croire que c’était essentiel. Ce n’est pas vrai ! Même si je ne suis ni naïf, ni angélique.

Bondy Blog : Pour certains, Manuels Valls est en partie responsable de cette stigmatisation avec ses propos sur l’islam lorsqu’il a, lui aussi, appelé les musulmans à la « discrétion » ou encore en affirmant ce lundi que Marianne n’est pas voilée, pointant du doigt certaines femmes musulmanes.

Stéphane Troussel : Ces propos ne me plaisent pas, à fortiori lorsqu’ils sont prononcés par un Premier ministre de notre majorité…

Bondy Blog : De quoi s’agit-il selon vous ? D’une stratégie de cette majorité à faire monter le Front national pour faire gagner la gauche en 2017?

Stéphane Troussel : Qui peut croire que la gauche puisse se permettre cela ? Je ne le crois pas. Ce serait une stratégie mortifère.

Bondy Blog : Votre plus grand adversaire, n’est-ce pas votre propre camp qui, avec ce type de débat, vous empêche de mettre en avant les actions ou de débattre de l’essentiel ?

Stéphane Troussel : Je pense que c’est une erreur oui. Pas que pour la Seine-Saint-Denis, pour le pays, pour la gauche de ne pas reconnaître un territoire, une population, une jeunesse diverse, métissée. J’ai des collègues élus à la campagne qui doivent fermer des collèges, nous ici nous devons construire un collège de plus chaque année. Il y a de la créativité, une énergie. Il y a un besoin de reconnaissance et de confiance.

Bondy Blog : Mais qui de mieux que le gouvernement pour le faire, normalement…

Stéphane Troussel : Je le redis, c’est une erreur de ne pas avoir cette reconnaissance. Anne Hidalgo le fait dans le cadre de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques, en montrant que le Grand Paris est une chance pour le pays. Je ne veux pas m’enfermer dans la plainte. Comme le disait Léon Blum, « je le crois parce que je l’espère ».

Bondy Blog : Est-ce suffisant ?

Stéphane Troussel : Il y a dans les quartiers de la rage et en même temps de l’indifférence, à l’image de la France dans son ensemble. C’est pour cela aussi que je plaide pour une réforme de nos institutions : non cumul des mandats, proportionnelle, statut des élus…

Bondy Blog : Les habitants n’ont plus confiance. Beaucoup parlent de trahison alors que les banlieues ont voté massivement pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle de 2012.

Stéphane Troussel : “Trahison”, je n’emploierai pas ce mot.

Bondy Blog : Il n’est pourtant pas galvaudé.

Stéphane Troussel : Les électeurs des quartiers populaires sont plus exigeants envers la gauche. Tout n’a pas été bien fait mais il faut du temps avant que l’action soit reconnue. Il s’en est passé du temps avant que l’on reconnaisse les avancées de la gauche durant le mandat de Lionel Jospin comme les 35h. Ce qui est fait sur l’éducation, c’est sans commune mesure de ce qui a été fait sous Nicolas Sarkozy. Je ne mettrai jamais de signe « égal » entre la gauche et la droite. Mais c’est vrai, il y a une absence de message de reconnaissance vis-à-vis des quartiers. Il n’y aurait jamais eu de victoire de la gauche sans la mobilisation massive dans les quartiers à l’élection de 2012. Si nous continuons ainsi, nous perdrons en 2017. Ce n’est pas faute de tenter de le faire entendre. La droite peut gagner sans une participation très élevée ; nous, nous avons besoin d’une mobilisation importante pour l’emporter.

Bondy Blog : Selon vous, qui est le plus responsable dans la situation actuelle : Manuel Valls accusé de stigmatiser les musulmans ou François Hollande qui n’est pas intervenu dans ces polémiques pour dire stop ?
Stéphane Troussel : Avec mon parcours, ce que je représente, avec d’autres élus, j’ai une responsabilité, celle de faire entendre, prendre des initiatives.

Bondy Blog : Vous ne répondez pas à ma question…

Stéphane Troussel : C’est ma réponse… François Hollande est intervenu, il a demandé à ce qu’il n’y ait « ni provocation, ni stigmatisation ». Mais cette formule n’est qu’une formule et elle n’est pas suffisante par rapport à ce débat mortifère.

Bondy Blog : Votre appel à la non nomination de Jean-Pierre Chevènement, vos prises de position sur le burkini, sur l’islam, c’est une stratégie ?

Stéphane Troussel : Je vous renvoie à mon parcours et à mes choix depuis toujours. Ce n’est pas à moi de dire si c’est une stratégie. Comment voulez-vous que je vous réponde ? !

Bondy Blog : N’est-ce pas une manière de vous sauver politiquement et de garder un lien et avec des électeurs très critiques envers le PS et qui sont fatigués d’être montrés du doig t?Stéphane Troussel : Je considère que je n’ai pas besoin de me sauver politiquement. Croyez-moi, aujourd’hui, j’ai la confiance de ceux qui m’ont élu et qui a été renouvelée en avril dernier.

Propos recueillis par Nassira EL MOADDEM

Share Button
capture-decran-2016-09-19-a-16-08-57

Message pour la rentrée 2016

Depuis plusieurs années maintenant, nous avons fait de l’éducation LA priorité des priorités pour le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. À travers le Plan Ambition Collèges 2020 : ce sont 80 rénovations, modernisations, réhabilitations de collèges que nous choisi d’élaborer, 16 collèges (re)construits pour accueillir les collégiens supplémentaires que nous avons choisi de rénover. Nous allons poursuivre cet effort : les enfants de la Seine-Saint-Denis ont le droit au meilleur pour apprendre et pour réussir

Message de rentrée par Seine-Saint-Denis

Share Button
collège

L’Education, fondement d’une République apaisée

> Tribune publiée dans le Huffington post

Cette rentrée scolaire est nécessairement placée sous le signe de la sécurité. Il faut mesurer la violence symbolique que représente pour les enfants et les familles d’entendre parler de confinement, de gestes qui sauvent, de sécurisation des établissements.

Et pourtant, les mesures annoncées par Najat Vallaud Belkacem et Bernard Cazeneuve sont nécessaires pour garantir la sécurité des Ecoles. Le Département de Seine-Saint-Denis a depuis 2010 mené une politique de prévention et de sécurisation de ses collèges pour offrir aux élèves et aux personnels un cadre éducatif serein. Pour apprendre et réussir, il ne faut pas se sentir en danger.

Mais, à côté de ces mesures de rentrée, notre société a besoin, aujourd’hui plus qu’hier d’actes et de messages forts et mobilisateurs sur l’éducation. Mettre l’éducation et la culture au cœur de nos priorités est une nécessité absolue pour faire face à l’obscurantisme et au fanatisme. C’est une nécessité aussi pour garantir notre pacte démocratique et républicain qui chaque jour prend l’eau comme la grotesque affaire du « Burkini » l’a démontrée récemment.

En Seine-Saint-Denis, le rattrapage entrepris par le gouvernement porte ses fruits – recrutements supplémentaires, concours exceptionnel, moyens pour l’éducation prioritaire. Je suis convaincu que nous pouvons, que nous devons, faire toujours plus et mieux pour transformer l’Ecole.

Faire plus. Parce que les années de casse du service public d’éducation par la Droite au pouvoir ont considérablement fragilisé l’Ecole publique. Elle commence à peine à s’en relever.

college1

En Seine-Saint-Denis, les moyens nouveaux permettent d’ouvrir des classes pour faire face aux hausses démographiques. Ils doivent permettre de mener des projets pédagogiques, éducatifs innovants. Par ailleurs, les collectivités doivent construire des établissements mais aussi des équipements sportifs ou des crèches. En Seine-Saint-Denis, entre 2010 et 2020, le nombre de collèges sera passé de 120 à 133 et la quasi totalité des collèges aura fait l’objet de travaux de rénovation qui permettent d’offrir des équipements de qualité à nos enfants. Ces plans d’investissement doivent être soutenus notamment dans les quartiers « politique de la ville ».

Faire mieux. Parce que la révolution pédagogique n’a pas eu lieu. Au collège, les établissements expérimentaux qui pratiquent une pédagogie dite « bienveillante » (évaluation sans note, pédagogie inversée, cours en petit groupe, ateliers transversaux, soutiens scolaires…) ne peuvent en rester au stade de l’expérimentation, ces méthodes doivent se généraliser. Au delà de la pédagogie, ce sont les contenus qu’il faut interroger. Dans le cadre de la nouvelle réforme du collège, nous devons nous saisir de l’ouverture pédagogique qu’elle crée en systématisant les projets de classe – culturels, sportifs, citoyens -afin de créer cohésion d’équipes et susciter l’intérêt des jeunes. Dans le contexte actuel, il faut accompagner les enseignants qui ne peuvent apporter seuls la réponse démocratique et républicaine qui s’impose face aux attentats.

Je suis prêt en Seine-Saint-Denis à m’engager avec l’Education nationale pour que chaque classe des collèges publics ait un projet spécifique. Le Département soutient déjà – en dehors de ses compétences obligatoires – à hauteur de 8 millions par an – les parcours éducatifs, culturels, sportifs…Avec un programme « Nous sommes la République », il favorise l’ouverture des espaces de dialogue, les journaux collégiens ou les projets des élèves pour former des esprits libres et critiques. Les parents doivent aussi y prendre toute leur place.

Dans le climat actuel, l’école doit être un lieu d’apprentissage de la différence et de la tolérance, un outil d’éducation à la démocratie. Elle doit être un rempart contre l’ignorance et le repli sur soi.
La période qui s’ouvre suite aux dramatiques et ignobles attentats ne peut négliger la réflexion éducative sous peine de tourner le dos aux valeurs qui fondent notre République.

College2Nous avons refait entièrement le plateau sportif du collège de Dugny pour les élèves et les enseignants d’EPS

C’est un enjeu de société qui se joue, et c’est le devoir de la Gauche aux responsabilités de porter ce message et ces actes mobilisateurs.

Enregistrer

Share Button

Le Louvre s’invite en Seine-Saint-Denis

Au mois d’août, le musée du Louvre s’invite dans les centres sociaux de 5 villes de la Seine-Saint-Denis dans le cadre de l’opération « les portes du temps » mise en place par le ministère de la Culture, en partenariat avec le Département. Mon interview sur le sujet pour le 19/20 de France 3 :

Share Button
depistage-sida

Lutte contre le SIDA : de la Seine-Saint-Denis à Durban, poursuivre nos efforts.

Alors que s’est ouverte la 21ème conférence internationale de lutte contre le SIDA à Durban, en Afrique du Sud, il est essentiel de rappeler que chaque année, le VIH contamine encore plus de 2 millions d’adultes dans le monde.

 

La Seine-Saint-Denis, deuxième département de France métropolitaine le plus touché par l’épidémie, porte une démarche volontaire de lutte contre le SIDA. Information, prévention, dépistage… les équipes du Conseil départemental mènent chaque jour le combat contre le SIDA dans notre centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) inauguré en juin 2016, dans nos centres départementaux de prévention santé (CDPS), et en se déplaçant pour agir au plus près des besoins des habitants.

Pour aller plus loin, j’ai lancé l’objectif « Seine-Saint-Denis sans SIDA » à l’instar de la démarche mise en place à Paris, avec France Lert, épidémiologiste, à qui j’ai confié une mission en ce sens. Accompagnée des professionnels et associatifs de la Seine-Saint-Denis, elle me remettra en novembre un rapport permettant d’orienter notre mobilisation vers l’objectif de l’ONUSIDA, « 90-90-90 », qui signifie que 90% des personnes séropositives connaissent leur statut sérologique, que 90% des personnes connaissant leur séropositivité reçoivent des traitements antirétroviraux, et que 90% des personnes sous traitements antirétroviraux ont une charge virale indétectable.

Nous nous dirigeons ainsi vers l’objectif mondial de disparition de l’épidémie de sida.

A Durban, il est donc vital que les principaux pays donneurs du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, poursuivent leur engagement, malgré la réduction de leur contribution. De nombreuses organisations ont d’ores et déjà fait part de leur inquiétude quant à une baisse inédite du financement de la recherche sur le SIDA, alors même qu’une résurgence de l’épidémie demeure possible.

L’accès aux traitements doit être amplifié : les inégalités en matière d’accès aux soins entre pays mais aussi au sein des territoires pauvres et riches perdurent.

Les années précédentes nous ont démontré qu’avec des moyens et une volonté politique forte, des progrès colossaux sont possibles. Si ces conditions sont réunies, alors nous pourrons enfin affirmer que la bataille contre le SIDA peut être gagnée.

Share Button