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Plan pauvreté : la misère avance, le gouvernement piétine

Publié le mardi 27 octobre 2020

Avec le lancement ce samedi de l’acte 2 du plan pauvreté, le Premier ministre a définitivement enterré les promesses de l’exécutif de mener une véritable politique de lutte contre la pauvreté. Les aides ponctuelles et le saupoudrage de dispositifs pour l’insertion ne sont que des « mesures-sparadraps » qui ne s’attaquent pas structurellement au problème de la pauvreté. Demandés par un grand nombre d’associations, la revalorisation du RSA et l’élargissement des minimas sociaux aux moins de 25 ans ont ainsi été écartés d’un revers de main.

En réalité, ces propositions se sont heurtées à une vision dogmatique et empreinte d’un mépris de classe : les aides sociales seraient « désincitatives ». Le quasi-abandon de la concertation sur le Revenu universel d’activité (RUA), qui laissait entrevoir un élargissement aux jeunes, témoigne de ces résistances. Le futur RUA était pourtant loin d’être renversant : pensé à budget constant, il se bornait à organiser la redistribution, non pas au profit des plus modestes, mais entre eux, faisant ainsi de nombreux perdants.

C’est donc l’insupportable tarte à la crème de « l’assistanat » que nous ressert le gouvernement et qui, aujourd’hui encore plus qu’hier, est hors de propos au regard des conséquences sociales de la crise sanitaire qui vont malheureusement perdurer.

Les chiffres sont connus : un million de pauvres supplémentaires sont attendus par les associations. Les prédictions de l’Unédic ne sont guère plus rassurantes avec 900 000 chômeurs supplémentaires en 2020. La réforme de l’assurance chômage, maintenue par le gouvernement, sera pour eux la double peine. Et si aucun filet de sécurité ne leur est garanti, les jeunes continueront à faire partie des premières victimes de la crise sociale.

Un autre projet de société est pourtant possible. Avec dix-huit départements, nous avons par exemple travaillé sérieusement à l’expérimentation d’un revenu de base. Accessible dès 18 ans, ce revenu de base automatique et inconditionnel assurerait à toute personne un seuil de ressource décent au-dessous duquel elle ne pourrait pas tomber.

Le gouvernement préfère quant à lui opposer insertion et aide sociale en se retranchant derrière ce principe : « nous préférons accompagner vers l’emploi ». Bien évidemment, il nous faut mener la bataille de l’emploi. Mais cela n’est pas incompatible avec la volonté d’assurer un niveau de vie digne à chacune et chacun. Car il ne suffit pas de « traverser la rue » pour trouver un emploi : le chemin peut être long et la lutte pour la survie est en elle-même un frein à une réinsertion professionnelle. Les annonces de renforcement de l’insertion par l’activité économique ne suffiront de toute façon pas à absorber la vague de pauvreté de ces prochains mois.

S’agissant des moyens consacrés à l’insertion, les Départements pourraient faire davantage s’ils n’étaient pas étranglés financièrement par des charges de solidarité nationale. Chaque année, les Départements doivent régler le montant du RSA qui n’est pas entièrement compensé par l’État, et ce dans des proportions qui n’ont cessé de croître. Et cela ne va pas s’arranger : avec l’augmentation des bénéficiaires du RSA, le département de la Seine-Saint-Denis attend une dépense supplémentaire de 30 millions d’euros en 2020 par rapport à 2019.

Autant d’argent qui ne peut donc être consacré à l’insertion. Or, le Département de la Seine-Saint-Denis s’efforce de développer des actions innovantes. En lien avec les services de l’État et les acteurs locaux, nous allons expérimenter un Service public de l’insertion centré sur la filière de la construction, avec pour objectif de partir des besoins de recrutements pour calibrer l’accompagnement des personnes en conséquence, et non l’inverse.

Combattre efficacement la pauvreté est finalement une question de choix politiques, et plus précisément d’arbitrages budgétaires. Étendre le RSA aux jeunes qui ne sont ni en formation ni en emploi coûterait environ 5 milliards d’euros. C’est à peu près le montant du manque à gagner de nos finances publiques engendré par la suppression de l’ISF et la « flat tax » : 4,5 milliards d’euros. Avec des résultats sur la « baisse des inégalités » qui parlent d’eux-mêmes : d’après un rapport réalisé sous l’égide de France Stratégie, ces mesures fiscales ont entraîné une explosion des revenus des 0,1 % les plus riches et une augmentation de 60% de la distribution des dividendes. Et le rapport a toutes les peines du monde à donner les preuves d’un éventuel impact positif sur l’économie de ces mesures : la théorie du « ruissellement » garde son statut de fable néolibérale.

Avec cette politique de coups de pouce, de demi-mesures et de rallonges chiches sur des dispositifs existants, le gouvernement n’est pas à la hauteur du défi de la pauvreté dans notre pays. L’heure n’est plus au rafistolage mais à une révision de fond pour rendre plus efficaces nos instruments de lutte contre la pauvreté.

Voir ma tribune sur le site de La Croix