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La rentrée sanitaire ne doit pas éclipser la rentrée… scolaire

Publié le vendredi 4 septembre 2020

S’il est capital de permettre aux élèves de revenir dans leurs établissements en toute sécurité, l’ambition que doit porter l’École en cette rentrée ne peut être uniquement sanitaire.

On le sait, l’école à la maison, ce n’est pas l’École. Après des mois de confinement, comment ne pas s’inquiéter des effets psychosociaux sur nos enfants dont le temps de sommeil s’est souvent réduit au profit du temps d’écran ? Comment ne pas s’alarmer du phénomène de décrochage scolaire dont le ministre Jean-Michel Blanquer se satisfait qu’il n’ait concerné « que » 500 000 élèves, alors même que nous en connaissons les conséquences ? Des conséquences sans doute encore plus désastreuses dans des territoires déjà défavorisés où, comme en Seine-Saint-Denis, nous n’avons jamais pris pour argent comptant le chiffre de 5% de décrocheuses et décrocheurs scolaires annoncé en mai.

Le chiffre donné par Le Journal du Dimanche la semaine dernière est à ce titre révélateur : 79 % des parents sont favorables à un retour à l’école dès le 1er septembre. L’ampleur de ce chiffre ne laisse pas de doute sur un réel « désir d’école ». L’école est, plus qu’un lieu d’apprentissage théorique et pratique, un lieu de socialisation, de construction de la société, où s’exprime pleinement un vivre ensemble qui nous a tant manqué ces derniers mois.

Dans les territoires, nombre de collectivités se sont déjà mobilisées, dès cet été, aux côtés des autorités locales de l’Éducation nationale. En Seine-Saint-Denis, le Département a soutenu les associations et les villes qui ont mis en place des ateliers de remédiation et d’activités pédagogiques, qui se poursuivront au moins jusqu’aux vacances de la Toussaint, afin d’aider les élèves les plus en difficulté à ne pas décrocher pour de bon.

Mais, si ces dispositifs de réussite éducative sont utiles pour les élèves qui en bénéficient, ils ne seront qu’une jambe de bois si tout le service public de l’éducation n’est pas concentré vers le même objectif.

C’est un enjeu de société majeur : celui de permettre à notre jeunesse de revenir à l’école et de s’y épanouir. Il est donc urgent d’opérer une remobilisation pédagogique massive et d’engager des moyens à la hauteur de l’année exceptionnelle qui débute.

Pourtant, je ne retrouve pas cette ambition, par exemple dans les mesures de carte scolaire dans le premier degré ou dans les dotations horaires dans le second degré. Elles sont les mêmes qu’avant la crise. Ainsi, les quelques 130 postes supplémentaires annoncés pour cette rentrée pour la Seine-Saint-Denis paraissent bien faibles au regard des 3000 élèves supplémentaires des 1er et 2nd degrés.

« Ce n’est pas qu’une question de moyens » nous répondra-t-on… J’acquiesce, mais c’est aussi une question de moyens !

La rentrée scolaire se fera donc sous haute surveillance sanitaire. Les autorités locales de l’Éducation nationale, aux côtés des Villes, des Départements et des Régions sont entièrement mobilisées pour lutter contre ce virus qui a bousculé nos modes de vie. Les équipes éducatives, administratives, techniques dans les établissements scolaires sont particulièrement engagées pour que les conditions sanitaires de la rentrée soient satisfaisantes.

J’ai moi-même regretté que les masques ne soient pas fournis gratuitement par l’État aux élèves alors qu’ils sont obligatoires pour aller à l’école, et aujourd’hui une grande partie des collectivités est venue pallier ce manquement.

Mais nous ne pouvons nous limiter à réussir la rentrée sur ces aspects sanitaires. Nous devons la réussir à l’aune des nouveaux enjeux qui sont devant nous.

Le « monde d’après » est dans toutes les bouches, il semble évident que c’est dès l’école qu’il se construit. Ce nouveau modèle de société auquel la crise nous pousse à aspirer ne peut se passer d’une ambition éducative forte, tournée vers la réussite et l’épanouissement de chacun. Un modèle fondé sur une École qui promeut la solidarité, le respect de l’environnement, la lutte contre les discriminations.

Le débat de cette rentrée ne peut donc s’arrêter au protocole sanitaire.

J’appelle donc, en premier lieu, le gouvernement à rejoindre au plus vite le mouvement déjà engagé par de très nombreuses actrices et acteurs, pour permettre à l’École d’être à la hauteur des enjeux pédagogiques, éducatifs, sociaux et culturels exceptionnels que la situation exige.