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Retour à l’école : une question d’égalité, une question de service public

Publié le lundi 18 mai 2020

Après deux mois de classe à la maison, un petit nombre d’élèves a repris progressivement le chemin de l’école. Aujourd’hui, c’est le tour des collégien.ne.s, mais uniquement dans les départements classés en zone verte.

Après les tergiversations du gouvernement sur le sujet et la défiance qui en découle, dans un contexte de déconfinement très récent, des inquiétudes légitimes se font entendre chez des parents et personnels de l’Éducation Nationale, notamment là où les indicateurs sanitaires sont encore au rouge.

Pourquoi, alors, vouloir faire revenir les enfants à l’école dans un tel contexte ?

Il faut d’abord affirmer un préalable : oui, la sécurité sanitaire est notre priorité absolue. Le gouvernement a très tardivement édité un protocole sanitaire qui doit maintenant s’appliquer à toutes et tous.

Compte tenu des compétences des collectivités, ces dernières ont un rôle majeur à jouer pour assurer l’entretien, fournir le matériel d’hygiène nécessaire, équiper leurs personnels en matériel de protection, organiser la restauration scolaire dans des conditions particulières. Elles sont très mobilisées, comme sur tant d’autres sujets depuis le début de la crise.

Pour les collèges, le Département s’est engagé à garantir dans les 130 collèges publics des conditions sanitaires satisfaisantes en lien avec les chef.fe.s d’établissement.

Il s’est engagé à aller au-delà en fournissant aussi une première dotation de masques en tissu aux collégiennes et collégiens à leur retour au collège.

Si, dans certaines configurations d’établissements scolaires, le protocole sanitaire demande des adaptations pour être applicable, il n’est pas non plus insurmontable. Il faut pour cela qu’il soit anticipé, préparé avec les directrices et directeurs d’école ou les chef.fe.s d’établissement, et qu’il se mette en place de manière à accueillir progressivement des élèves.

Il faut aussi prendre avec optimisme, dans une période particulièrement anxiogène pour toutes et tous et notamment les parents, les récentes publications des sociétés savantes de pédiatrie ou des médecins notamment de Seine-Saint-Denis qui prônent le retour à l’école et rassurent sur les risques sanitaires comparés aux risques sociaux notamment. Ils.elles défendent un retour bénéfique, tout en insistant sur l’apprentissage des gestes barrières indispensables pour aujourd’hui mais aussi pour demain.

Après ce préalable, il y a un enjeu majeur dégalité à permettre le retour des élèves à lécole, y compris au collège dans les zones classées rouges.

Je le dis et je le répète : je considère que l’école à la maison, ce n’est pas l’école. Tou.te.s les parents s’en sont rendu.e.s compte, il est extrêmement difficile de faire la classe à son enfant chez soi, particulièrement dans les conditions difficiles vécues par un grand nombre de Séquano-Dionysiennes et Séquano-Dionysiens confiné.e.s dans des logements étroits pendant d’interminables semaines.

Si certain.e.s parents peuvent plus facilement soutenir leurs enfants dans l’apprentissage de leurs leçons et participer à l’éveil culturel et éducatif de ces dernier.e.s, ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. A l’évidence, le confinement a creusé encore davantage les inégalités dont pâtissent un grand nombre d’élèves – y compris, parfois, des bons élèves. Il ne faudrait donc pas que les modalités du déconfinement aggravent elles aussi ces inégalités.

Pour des élèves qui étaient déjà en difficulté, ou qui se trouvent en difficulté pour des raisons sociales ou scolaires pendant le confinement, un retour au collège avant les vacances d’été apparaît absolument nécessaire.

Cela me semble aussi être une nécessité pour les élèves les plus jeunes, dont les parents exercent des fonctions qui ne sont pas télétravaillables et qui ont besoin de retourner au travail.

C’est pour ces élèves, avant tout, que j’ai demandé à l’Éducation Nationale de préparer une réouverture progressive des collèges. J’insiste sur ce mot : progressive, car il ne s’agit pas de rouvrir d’un coup les collèges, comme avant. Le retour au collège se ferait par petits groupes d’élèves, d’abord pour des publics prioritaires, qui sont ceux que j’évoquais ci-dessus.

C’est l’honneur du service public, et ici du service public d’éducation, de pouvoir faire face et poursuivre ses missions en temps de crise, quelle quelle soit.

Plus que jamais, les services publics ont démontré qu’ils constituaient des digues de protection pour affronter les crises. C’est le cas du service public hospitalier, mais aussi des services publics régaliens tels la police nationale, ou des services publics locaux comme les services sociaux, qui ont particulièrement fait face aux conséquences du Covid-19.

Le maintien du service public déducation en période de crise, voici l’enjeu ! Les enseignant.e.s ont redoublé d’efforts pour assurer une continuité pédagogique, il faut les en remercier et reconnaître cet investissement incroyable. Mais cet enseignement à distance ne peut constituer la règle encore longtemps.

Oui, il faut rouvrir progressivement les écoles et collèges, d’abord à des publics prioritaires puis au fur et à mesure à tou.te.s les élèves selon des modalités et des emplois du temps adapté.e.s aux cours en petits groupes. Il y a aussi un enjeu à ce que le retour à la vie en collectivité ait lieu, sans peur de l’autre, pour retrouver des interactions sociales indispensables à l’épanouissement de chacun.e.

Ceci n’empêche pas les nécessaires revendications, que je n’ai eu de cesse de porter, pour que le service public d’éducation ait les moyens de ses missions.

En Seine-Saint-Denis, l’année scolaire 2020–2021, dès septembre, doit être particulièrement investie en matière d’accompagnement éducatif et pédagogique, afin de permettre à chaque élève de se remettre dans les apprentissages. Ceci implique des moyens à la hauteur des besoins pour multiplier les cours en petits groupes, la pédagogie différenciée, le recours à des actrices et des acteurs culturels, sportifs…

Cela passe aussi par un moratoire sur les mesures de carte scolaire. Sur ce volet, les décisions du ministre sont largement insuffisantes : aucun moyen supplémentaire n’a été décidé depuis la crise, alors même que les besoins seront de plus en plus criants. Les quelques créations de postes – 107 postes, 294 ouvertures de classes,– correspondent à des annonces datant de janvier, et sont donc déjà obsolètes.

Les taux annoncés de décrocheuses et décrocheurs à l’échelle nationale semblent totalement artificiels et ils doivent être déclinés à l’échelle locale si on souhaite les partager avec toutes les actrices et les acteurs qui peuvent agir pour faire de la remédiation scolaire.

Par ailleurs, plusieurs associations et personnalités de la société civile ont appelé de leurs vœux un grand programme qui ne se contenterait pas de créer quelques modules de soutien dans les établissements scolaires en début ou en fin d’été, mais qui consisterait à établir un plan d’urgence basé sur l’éducation populaire et les vacances solidaires. Ceci, pour permettre aux enfants qui en ont le plus besoin de s’aérer le corps et l’esprit, mais aussi de consolider leurs connaissances et d’étudier une à deux heures par jour.

La lutte contre les inégalités est une lutte au long cours, mais celles-ci peuvent en temps de crise très facilement se creuser. Pour éviter qu’elles ne fassent encore plus de victimes, il faut agir très rapidement. Le service public d’éducation et l’ensemble de ses artisan.e.s ont un rôle majeur à jouer. Pour cela l’école publique, laïque et obligatoire, doit ouvrir ses portes afin de continuer à exercer ses missions essentielles.