Marche violences

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Publié le lundi 8 juillet 2019

Depuis le 1er janvier 2019, ce sont désormais 74 féminicides qui ont eu lieu, soit presque une femme tous les deux jours. Certaines de ces femmes avaient déposé plainte contre leur compagnon ou ex compagnon pour violences.

Julie, Yaroslava, Guo, Marilyne, Leïla, sont quelques uns des prénoms énoncés sur les réseaux sociaux par le président de la République, comme un prélude à l’engagement par la Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa de lancer un Grenelle des violences faites aux femmes le 3 septembre prochain.

Un Grenelle le 3/9/2019, en écho au numéro gratuit du 3919 lancé afin que les victimes sachent qui appeler en cas de besoin, le 30219 restant néanmoins seulement un numéro d’écoute et non pas d’urgence. En cas de danger imminent, les femmes sont invitées à contacter la police ou la gendarmerie, services qui ne sont pas toujours bien formés pour réagir.

On touche à l’un des problèmes qui nous empêche d’aller plus loin contre les violences faites aux femmes : la formation des professionnel.le.s, encore insuffisamment nombreux.ses à avoir les bons réflexes. Ainsi, sur les 880 Téléphones Grave Danger actuellement disponibles, seuls 302 sont actifs, mis par la justice à la disposition des femmes victimes de violences !

Derrière ces féminicides, en toile de fond, il y a en réalité un véritable problème culturel, ancré dans notre société encore largement patriarcale et ayant si souvent, parfois de manière inconsciente, valorisé les violences faites aux femmes, ce qui est particulièrement visible dans le domaine de l’art (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’”affaire Weinstein” s’est produite dans le monde du cinéma).

Car la médiatisation de plusieurs cas ces derniers mois cache en réalité une relative invisibilisation des violences et féminicides, le mot féminicide lui-même étant rarement employé dans les médias, qui parlent de “meurtre” ou d’”assassinat”, comme s’il s’agissait d’une affaire plus classique.

En Seine-Saint-Denis, département pionnier dans cette lutte, avec notre Observatoire départemental de lutte contre les violences envers les femmes existant depuis 2002, c’est pour lutter dès le plus jeune âge contre ces violences que nous avons créé le dispositif « Jeunes contre le sexisme » en 2007, afin de déconstruire chez les collégien.ne.s et dès le plus jeune âge les barrières et stéréotypes qui enferment filles et garçons dans des rôles déterminés. C’est également dans cette optique que nous sommes volontaires pour expérimenter un brevet contre le sexisme au collège, en lien notamment avec l’association Nous Toutes.

Gageons qu’avec ce Grenelle prendra fin le double-discours du gouvernement, qui prétend faire de cette lutte la grande cause du quinquennat, tout en diminuant les budgets qui sont alloués aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes, entraînant une moins grande disponibilité des associations, voire la fermeture de certaines structures d’accueil.

La Seine-Saint-Denis est dans tous les cas prête à jouer un rôle actif dans ce qui, nous l’espérons, peut ouvrir une nouvelle ère contre les violences faites aux femmes. Nous sommes prêt.e.s à échanger sur les bonnes pratiques et les dispositifs que nous avons mis en place et qui mériteraient d’être généralisés, ou mieux utilisés, sur l’ensemble du territoire (Téléphone Grave Danger, ordonnance de protection),

Nous sommes également prêt.e.s à nous inspirer de ce qui se fait ailleurs, et notamment en Espagne, l’un des premiers pays européens à avoir pris à bras le corps la problématique des violences faites aux femmes, et ce dès le milieu des années 2000. Depuis lors, les médias nationaux relaient systématiquement les cas de féminicides afin de rendre visible le phénomène et de sensibiliser la population. Depuis 2009, dans les cas les plus graves, un dispositif de bracelet électronique posé sur les agresseurs permet à la victime d’être automatiquement avertie si celui-ci viole le périmètre de protection, lui permettant de se mettre à l’abri et d’avertir la police.

Et les résultats sont là : le taux de féminicides par habitant.e en Espagne est ainsi plus de deux fois plus bas qu’en France. En Seine-Saint-Denis, nous pourrions être intéressé.e.s à expérimenter le bracelet électronique en complément du “Téléphone Grave Danger” qui, quand il est utilisé, a déjà fait ses preuves, notamment sur un territoire comme le nôtre.

Nous insistons là-dessus : le Grenelle annoncé ne peut être un énième rassemblement la main sur le cœur. Les propositions existent, travaillées par les associations, et il y a eu depuis des dizaines de tribunes avec des acteur.rice.s prêt.e.s à reprendre ces mesures. Ce Grenelle doit permettre de tracer une feuille de route avec un calendrier de mesures à mettre en place avec les différents partenaires, notamment dans l’ensemble des grands services publics – police, éducation, justice – et avec la société civile.