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Face à la réalité brutale des inégalités scolaires en Île-de-France, l’urgente nécessité d’investir dans l’éducation

Publié le vendredi 26 octobre 2018

Une étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), dont la presse se fait l’écho ces derniers jours – notamment cet excellent article du Monde, mais aussi la une du Parisien Seine-Saint-Denis de ce matin, démontre l’ampleur des inégalités territoriales entre les collèges publics d’Île-de-France. Le Cnesco, peu connu du grand public, est une structure indépendante créée en 2013 sous le quinquennat de François Hollande. Elle sera bientôt amenée à disparaître par la volonté de l’actuel ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, qui souhaite la remplacer par une autre instance censée insuffler une « culture de l’évaluation » accrue dans notre pays.

En guise de possible chant du cygne, le CNESCO a réalisé une étude pendant deux ans sur les écarts existants entre les départements d’Ile-de-France. On y constate que notre territoire cumule les difficultés : les enseignants de moins de 30 ans – qui sont, de fait, moins expérimentés – y sont trois fois plus nombreux. Il y a également trois fois plus de contractuel-le-s. Dans certains établissements, c’est ainsi la moitié de l’équipe éducative qui part tous les ans ! Cette extrême instabilité rejaillit sur les résultats scolaires des élèves, comme en témoignent les résultats au brevet, deux fois moins bons en Seine-Saint-Denis que dans d’autres quartiers moins défavorisés.

À l’heure actuelle, nous dit l’étude, les territoires avec le plus de difficultés socio-économiques ne bénéficient pas de ressources humaines supplémentaires, à l’exception d’une taille des classes en collège réduite. Or, cela n’est à l’évidence pas suffisant pour améliorer la situation, et le lien de causalité entre difficultés sociales et difficultés scolaires est toujours clairement démontré.

Ceci appelle deux commentaires de ma part :

Oui, nous avons raison de demander des moyens de vie scolaire plus conséquents, et de défendre l’idée que, plus qu’ailleurs, les enseignant-e-s et personnels de l’Éducation Nationale doivent être accompagné-e-s pour rester durablement en Seine-Saint-Denis et offrir davantage de stabilité à leurs élèves. Si le Département remplit de son côté ses missions – et fait même davantage, en s’engageant notamment pour faciliter leur installation ! -, l’État doit également faire des efforts supplémentaires pour consolider les équipes et les projets d’établissement.

Oui, nous avons raison d’agir au delà de nos compétences obligatoires afin de proposer des activités éducatives dans les collèges et de construire des bâtiments qui intègrent des espaces partagés, sportifs ou culturels.

Malheureusement, la politique gouvernementale est à rebours de cet engagement volontariste : seuls 122 postes ont été créés dans l’enseignement secondaire pour toute l’Académie de Créteil à la rentrée 2018, qui doivent être répartis entre plus de 400 collèges et 300 lycées. Cela ne serait même pas suffisant pour couvrir les effectifs des trois collèges inaugurés par le Département de la Seine-Saint-Denis cette année…

En Seine-Saint-Denis, je l’ai déjà dit, nous avons 30% de besoins en plus, pour 30% de moyens en moins. Et cela vaut en matière de police, de justice, mais également d’éducation, qui est peut-être la mission de service public la plus importante pour une société. Si je convoque à nouveau ce chiffre, issu du rapport parlementaire de cet été, c’est pour rappeler ce qui relève à la fois de l’évidence et de l’urgence : l’État doit investir plus, et vite, dans les quartiers populaires et pour notre jeunesse, qui sont la France de demain.