Castaner

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Lutte contre les violences de bandes : à l’engagement des acteurs locaux, l’État doit répondre et emboîter le pas

Publié le mercredi 17 octobre 2018

Hier matin, le nouveau ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, a réservé sa première visite à la ville des Lilas. Au cœur d’une actualité tragique, avec la mort d’un jeune garçon le week-end dernier, la ville des Lilas s’ajoute à la liste des villes de la Seine-Saint-Denis à faire l’objet d’une visite ministérielle dans des circonstances dramatiques.

Pour quel résultat ? C’est la question qu’il convient de se poser, car il ne suffit pas de se désoler une nouvelle fois de la mort d’un jeune de nos quartiers, happé par la violence et victime d’affrontements extrêmes.
Le maire des Lilas, Daniel Guiraud a réclamé un « Plan anti-bandes ». Je m’associe à cette demande, à cette exigence.
Ce plan, il est nécessairement collectif. Les solutions séparées épuisent les énergies pourtant nombreuses des acteur-rice-s de terrain, pour des résultats inefficaces sans plan d’ensemble.
Aux côtés des actions volontaristes des villes de Seine-Saint-Denis et en partenariat avec elles, le Département prend d’ores et déjà sa part des actions à destination des quartiers réputés les plus difficiles.
En matière de prévention et de protection de l’enfance d’abord, qui se situe au cœur de nos compétences départementales. Création d’un relais parental, renforcement de l’accueil de jour pour un soutien éducatif renforcé et un meilleur accompagnement des parents, meilleure articulation des liens entre partenaires institutionnels et associatifs : nous sommes mobilisé-e-s pour agir avec les familles, en soutien à la parentalité.
Au plus près de la vie des quartiers, nous soutenons l’action des associations de prévention spécialisée en lien avec les villes, pour assurer la présence d’éducateur-trice-s dans les quartiers minés par la violence. L’Espace Tête-à-Tête, situé à Rosny 2, est aussi un lieu de prévention, sa nouvelle exposition, inaugurée ce jour, portant justement sur les questions de violence.
Nous avons aussi une compétence éducative essentielle via notre engagement dans les collèges. Plus qu’ailleurs, nous avons fait le choix d’investir dans les activités éducatives et l’accompagnement des élèves pendant et en dehors du temps scolaire. En plus des activités d’éveil et de découverte nombreuses (voyages scolaires, parcours culturels, apprentissage des médias,…), nous sommes particulièrement engagé-e-s dans le traitement des causes de la violence.
Une mission de prévention de la violence scolaire existe depuis 2011 au sein du Département, et nous agissons avec des nombreuses associations spécialisées comme le GRAJAR, Jeunesse Feu Vert, Sauvegarde 93, au service de l’apaisement du climat scolaire. En outre, le dispositif ACTE (Accueil des Collégiens Temporairement exclus), propose aux élèves en situation d’exclusion temporaire un accompagnement par des professionnel-le-s qualifié-e-s, leur permettant de redonner du sens à leur scolarité. Il a permis de suivre plus de 1700 élèves l’année dernière.
Nous avons même, sur le secteur concerné par ce drame récent, développé une action de désescalade des tensions avec quatre collèges de Romainville, Les Lilas et le Pré-Saint-Gervais. Entre février et avril une médiation a eu lieu, un groupe de parole mené par des comédien-ne-s de la compagnie « Entrées de jeu« , orienté vers une production théâtrale commune.
Mais cela ne peut suffire quand les moyens de l’État sont sans cesse mis en cause, réduits, tant dans le cœur du service public que dans le soutien associatif. Le tissu associatif et les citoyen-ne-s engagé-e-s dans leur quartier peuvent être un formidable point d’appui pour engager des actions résolues de prévention. Il ne s’agit pas de tomber dans la seule revendication des moyens humains insuffisants mais, disons-le : on ne fera pas mieux avec moins. La mobilisation de l’État est indispensable.
Quelle efficacité et quelle proximité pourrions-nous attendre d’une police de sécurité du quotidien qui ne concernera que deux quartiers sur notre territoire – à Aulnay et Sevran -, alors que les besoins sont criants dans plusieurs autres villes, comme nous le prouve encore l’événement tragique de ce dimanche ? Les moyens que l’on nous propose sont pour le moment dérisoires, alors que nous avons en Seine-Saint-Denis le taux de criminalité le plus fort de tout l’Hexagone. Comment compter sur des forces de l’ordre réactives avec un seul commissariat pour les villes des Lilas, de Bagnolet, de Romainville et du Pré-Saint-Gervais, soit plus de 100 000 habitants ?
En tant que président du Département, je souhaite engager notre collectivité dans une coordination globale ayant pour objectif d’éradiquer les phénomènes de bande, des affrontement dérisoires au regard de la perte d’un enfant sur l’autel de la violence. Les solutions existent, elles sont connues. L’État doit prendre ses responsabilités pour réunir les acteur-rice-s concerné-e-s et définir un plan d’action commun.