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Affaire Mamoudou Gassama : un acte héroïque ne doit pas nous faire oublier la nécessité d’une politique d’accueil plus favorable

Publié le lundi 28 mai 2018

Le cas de Mamoudou Gassama a ému la France entière : ce jeune Malien de 22 ans, arrivé en France en septembre dernier, n’a écouté que son courage pour sauver un enfant suspendu dans le vide au quatrième étage d’un immeuble parisien.

Comment la France pourrait-elle accepter qu’un tel héros demeure sans papiers, condamné à trembler à l’idée d’un contrôle de police pouvant le rejeter hors de France, alors même qu’il avait sauvé la vie d’un enfant ? Bien sûr, Mamadou Gassama doit voir sa situation régularisée, et je suis heureux de la décision du président de la République. Plus que cela, il mérite une reconnaissance officielle de la République française, a minima une médaille d’honneur.

Mais derrière le cas de Mamoudou Gassama pourrait s’insinuer l’idée vicieuse selon laquelle il faudrait être l’auteur-e d’actes extraordinaires pour gagner le droit de vivre en France, comme d’accepter de participer à une loterie tragique qui rendrait gagnante une personne sur mille, les 999 autres étant condamnées à se faire toutes petites, ou à se brûler les ailes sur le chemin de la régularisation (car tout le monde ne peut pas être un héros, ou une héroïne).

Tel l’arbre cachant la forêt, le cas particulier de Mamoudou Gassama ne doit pas cacher la situation de tous ces sanspapiers qui attendent désespérément une politique plus clémente de la France en matière d’accueil des réfugié-e-s, aux antipodes de la politique de fermeture et de répression encouragée par Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe, sans rien avoir à envier aux heures les plus sombres de l’ère Sarkozy.

Au contraire, considérons-le comme une occasion de mettre en lumière le courage dont font preuve ces réfugiés, qui frappent à nos portes pour fuir la guerre, le changement climatique ou la misère. Car nous aurions beau jeu de condamner celles et ceux qui viennent tenter leur chance en Europe pour éviter de mourir de faim, et de tenter de trouver un avenir un peu plus rose ici bas ! Honte à qui ose faire la distinction entre les « bons » et les « mauvais » réfugiés, c’est-à-dire les réfugiés économiques ayant eux aussi de très bonnes raisons de quitter leur terre natale, et pour qui l’exil est toujours une intense déchirure.

Il nous revient de changer profondément nos politiques afin d’accueillir dans les meilleures conditions celles et ceux qui viennent chercher refuge chez nous. Concrètement, nous devons leur permettre de travailler le plus rapidement possible, d’avoir accès à nos infrastructures et services publics notamment pour le renforcement de leurs compétences linguistiques.

Du point de vue humaniste nous n’avons d’autre choix que celui d’honorer notre tradition d’accueil des personnes en situation de détresse. La France est, de fait, multiculturelle, et nous n’avons pas à craindre l’arrivée de personnes d’origines étrangères qui nous permettrons de nous enrichir encore davantage, et ce à tous les points de vue. L’OCDE l’a montré1 : un euro investi dans l’accueil des réfugiés rapporte deux euros à l’économie dans les cinq années suivant leur arrivée.

1 Dans son étude « Le travail des réfugiés : un investissement humanitaire qui engendre des dividendes économiques »