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Retisser les liens de confiance citoyens/police dans les quartiers populaires

Publié le jeudi 9 février 2017

Les faits survenus à Aulnay sont extrêmement graves. Le jeune Théo et sa famille doivent être écoutés et protégés. Après la suspension des policiers, une enquête rapide, déterminée et transparente doit maintenant être menée. Théo et sa famille ont lancé un appel au calme qui leur fait honneur.

Ce très grave incident nous rappelle l’urgence de reconstruire un lien de confiance entre nos quartiers populaires et sa police républicaine.

Questionner l’usage de la force : un impératif démocratique

Il est normal, pour garantir le bon équilibre entre le nécessaire maintien de l’ordre public et la préservation de la liberté et de la dignité des citoyens, que nous questionnions en permanence l’usage de la force à l’encontre des citoyens. Si nous devons garantir aux policiers les moyens d’assurer leurs missions, souvent difficiles, et leur sécurité, cet évènement nous interroge obligatoirement sur les règles en cours en matière d’emploi de la force, et sur les modalités d’intervention de la police dans nos quartiers. Poser ces questions relève du débat démocratique et peut se faire sereinement loin des surenchères parfois électorales.

Les questions posées concernent les modalités d’intervention de la police dans nos quartiers, de leur opportunité, et de l’image qu’elles renvoient à la fois des policiers, mais aussi de nos habitants. La doctrine de maintien de l’ordre s’est concentrée en France sur une doctrine de projection, avec l’envoi d’unités mobiles telles que la BAC, qui ne connaissent pas les habitants, qui ne font plus de prévention. Trop nombreux sont les accidents ou les actes inappropriés, provoqués par des policiers pas assez formés, pas assez nombreux qui au final distendent inutilement la confiance que nous devons avoir dans une institution chargée de protéger la société. D’autres pays font autrement et c’est la preuve que nous devons questionner les stratégies et les pratiques uniquement centrées sur la confrontation. En Allemagne par exemple, le mot d’ordre est la « dé-escalade » visant à minimiser les violences collatérales, inutiles, ou dangereuses.

Reconstruire le rapport de confiance

Il faut clarifier les règles d’interpellation et combattre les pratiques discriminatoires et contraires à la déontologie (insultes, tutoiement, brutalité ou manque de politesse), et en particulier les contrôles au faciès abusifs. En France d’après une étude du CNRS de 2009 une personne noire a entre 3,3 et 11,5 fois plus de chance d’être contrôlée. Le Défenseur des droits lui-même dénonce cette pratique dans une enquête publiée le 20 janvier dernier : 84% des personnes ont déclaré ne jamais avoir été contrôlés, mais 80% des les jeunes hommes perçus comme noirs/arabes/maghrébins déclarent l’avoir été.

L’expérimentation prévue dans la Loi égalité citoyenneté des dispositifs de caméra-piéton permettant d’enregistrer les interpellations et notamment les contrôles d’identité doit donc être menée à bien, mais le principe de l’instauration du récépissé ne doit pas être abandonné. Enfin après sa suppression par la Droite, la reconstruction d’une police de proximité qui prévient autant qu’elle protège et assure la sécurité de tous, est urgente.

Voici donc les chantiers que nous devons initier pour créer de nouveaux liens entre les quartiers et la police, et poser les bases d’une relation apaisée qui servira tant les habitants que les policiers dans l’exercice de leur mission de service public de sécurité. Cet engagement est pour finir inséparable de la question des moyens, et des effectifs, particulièrement dans des territoires comme celui de la Seine-Saint-Denis. L’Etat comme dans beaucoup d’autres domaines doit non seulement y faire mieux, mais aussi réparer des déséquilibres territoriaux criants en la matière.