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Les raisons de la colère et l’urgence à agir

Publié le mercredi 3 avril 2013

Comme toutes les Françaises et tous les Français, c’est avec indignation que j’ai appris l’aveu de Jérôme Cahuzac. Légitimement condamné par tous, l’homme est à terre et il ne s’agit pas d’en rajouter. Mais pourtant comment se taire ?

Au-delà du dégoût que m’inspirent tant le délit lui-même que le mensonge dont Jérôme Cahuzac s’est rendu coupable, c’est la colère qui m’anime, quand je songe aux effets dévastateurs que la révélation de cette« impardonnable faute morale » va avoir dans notre pays. Et tout particulièrement en Seine-Saint-Denis, dont les habitant-e-s subissent de plein fouet la violence inouïe de cette crise économique qui les plonge dans le désespoir. Comme tous les élus locaux qui ont le sens de l’intérêt général chevillé au corps, et qui se battent au quotidien à leurs côtés, que vais-je pouvoir leur dire  à présent ? Que la trahison d’un seul ne doit pas entacher la parole que des dizaines de milliers d’autres portent avec conviction et loyauté ? Qu’ils ne doivent pas douter de notre honnêteté et de notre engagement à les servir plutôt qu’à nous servir ? Qu’ils peuvent continuer d’avoir foi en l’action publique, et en ceux qui ont l’immense responsabilité de l’incarner, pour changer concrètement leurs conditions de vie ? Que c’est au nom des valeurs d’égalité, de solidarité et de justice qui sont celles de la gauche que nous agissons tous les jours malgré les difficultés?

Si je suis en colère, c’est parce que je sais que demain, aucun mot ne sera assez fort, assez juste, assez sincère, pour restaurer cette confiance, rendue déjà si fragile par la crise, et dramatiquement foulée aux pieds. Mais jamais les raisons de la colère ne doivent nous résoudre à l’impuissance. Je refuse que le comportement coupable d’un homme nous entraîne collectivement, nous élus et responsables politiques, dans la spirale infernale du discrédit et du rejet. C’est pourquoi, face au soupçon, aux promesses non tenues, qui font dangereusement le lit du décrochage notamment des catégories populaires, de l’abstention puis du populisme et de tous les extrémismes, s’il n’y a  plus de mots, il doit donc y avoir des actes.

Il y a tout juste un an, j’étais engagé aux côtés de François Hollande, profondément convaincu que l’heure était venue, avec cette nouvelle présidence, d’une « République exemplaire ». Pour que l’affaire Cahuzac ne réduise pas à néant cette espérance, le président de la République et le gouvernement avaient, sans attendre cet aveu et dès l’ouverture d’une information judiciaire, démissionné Jérôme Cahuzac. Il faudra nécessairement aller plus loin.

Cette sinistre histoire aura eu au moins le mérite de montrer qu’en France, la presse est libre et la justice indépendante. C’est heureux, c’est normal, et ça n’a pas toujours pas été le cas, mais ça ne sera pas suffisant. Il est impératif d’adopter, dans les meilleurs délais, des mesures qui seules garantiront le renouvellement de la démocratie et la préserveront des dérives qui la mettent en danger : l’impossibilité d’exercer un mandat après une condamnation pénale grave, la transparence absolue sur le patrimoine des candidats à une élection, la réforme du statut pénal du Chef de l’Etat, le non-cumul des mandats entre eux et dans le temps, applicable dès les prochaines élections, le renouvellement accéléré du personnel politique garanti par la stricte application de la parité et l’accompagnement des jeunes générations, le droit de vote des étrangers, le rôle de la société civile, le lien des élus avec la population… Bref, dépasser une Vème République à bout de souffle. Celles et ceux qui finassent ou rechignent doivent prendre conscience que c’est, aujourd’hui, à la fois une nécessité et une urgence.

Il en va de l’avenir de la République. Je veux croire qu’il n’est pas trop tard.