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Annonces du Premier ministre en Seine-Saint-Denis : les manquements de l’État exposées au grand jour

Publié le vendredi 8 novembre 2019

18 mois. C’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement pour réagir à la suite de la parution du rapport parlementaire qui pointait les failles, béantes, de l’action de l’État dans le département de la Seine-Saint-Denis.

Ce rapport s’inscrivait lui-même dans une longue lignée d’études et de rapports, arguant toutes et tous dans le même sens : la Seine-Saint-Denis est un département où les besoins sont plus importants que sur le reste du territoire, et où on y met pourtant moins d’argent (1/3 de besoins en plus, pour 1/3 de moyens en moins, disait le rapport Borloo).

C’est indéniable, l’État l’a lui-même reconnu : la Seine-Saint-Denis est un département particulier à bien des égards, dont les besoins appellent des moyens à la hauteur des enjeux qui s’y déroulent. Sur la partie diagnostic, nous nous satisfaisons donc du discours du Premier ministre, qui avalise un diagnostic que les acteur.rice.s locaux.ales font sur le territoire depuis des années.

Mais sur les annonces, c’est une autre affaire. Certes, je ne peux que saluer la décision concernant la prime de 10 000 euros afin d’inciter les fonctionnaires à rester sur notre territoire. A ceci près que nous attendons ses modalités d’application et qu’elle doit être élargie aux fonctionnaires hospitalier.e.s qui jouent un rôle essentiel, en particulier dans notre département, la Seine-Saint-Denis étant reconnue comme un désert médical.

Il y a aussi d’autres mesures de bon sens, comme le recrutement de policier.e.s à la Courneuve et à Saint-Ouen, ainsi que la création de postes d’officier.e.s de police judiciaire, de greffier.e.s et de magistrat.e.s – sachant que nous partons de très loin et que le rattrapage ne se fera pas en un jour.

En réalité, s’il fallait utiliser une image, ce serait plutôt celle du verre à trois-quarts vide. Notamment sur l’éducation, où les annonces ont tout du rendez-vous manqué. Dans ce département où le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP n’est pas encore généralisé, et où les enseignant.e.s absent.e.s ne sont pas tou.te.s remplacé.e.s par manque de moyens humains, nous avions besoin d’un plan pluriannuel de recrutement d’enseignant.e.s mais aussi de personnels de vie scolaire.

Dans ce département où 30 % de la population a moins de 20 ans, nous avons également besoin de moyens pour rénover, agrandir et construire. Or, ce ne sont pas les 2 millions d’euros par an annoncés pour le bâti scolaire qui permettront véritablement de changer les choses, au regard des sommes que nous déboursons pour nos établissements. A titre d’exemple, le Département vient de livrer quatre nouveaux collèges d’une valeur de 25 millions d’euros chacun.

Si le plan du Premier ministre est porteur de bonnes intentions, on n’efface pas trente ans d’inégalités en une matinée avec quelques annonces. Dans notre département, concentré de tous les défis de la société française, défi démographique, social, écologique, la puissance publique a un rôle majeur pour parvenir à tirer tout le monde vers le haut, et à empêcher que les fractures se creusent.

Pour cela, l’État doit faire des choix massifs, des choix durables, changer de braquet et d’ambitions.

Les annonces de la semaine dernière ne constituent en aucun cas un solde de tout compte pour rétablir l’égalité.