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La Seine-Saint-Denis est riche de sa diversité. Stop à la stigmatisation !

Publié le lundi 15 janvier 2018

Ces derniers temps, l’actualité a donné lieu à une série de dérapages plus ou moins graves ou à des prises de parole assumées. Du « peuple de Seine-Saint-Denis » dont on nous a gratifié lors de l’hommage à Johnny Hallyday du 9 décembre, à Christophe Castaner qui, en plus de ses casquettes de ministre et chef de parti, s’improvise lexicographe de ce qu’il croit être les « jeunes de Montreuil », les mots utilisés stigmatisent, blessent et en disent long sur les clichés que nous devons combattre.
 

Il en est aussi ainsi lorsque le Printemps Républicain organise une table-ronde intitulée « Qu’est-ce qu’être Charlie en Seine Saint-Denis ? », sans mentionner aucun autre territoire. Ceci comme si notre département avait l’apanage – voire était la source ? – des problèmes liés au terrorisme. Ceci comme si la Seine-Saint-Denis tout entière n’était pas Charlie. Mais si être Charlie, c’est défendre à tout prix la liberté d’expression, alors l’immense majorité des habitants de nos quartiers sont Charlie.

Ces discours, stigmatisants et culpabilisateurs, laissent entrevoir les tensions immenses qui traversent notre société, jusqu’à menacer d’atteindre un point de rupture. Si nous aurions pu espérer tirer les conséquences du score de Jean-Marie Le Pen en 2002, en réalité, bien peu a été fait, et c’est une autre Le Pen que nous avons eue au second tour de la présidentielle cette année, cette fois sans surprendre personne.

Et pour achever la banalisation des idées de l’extrême-droite, leurs émissaires sont encore sur les ondes pour verser leur pensée rétrograde et conservatrice : les Finkielkraut, Zemmour et autres Eugénie Bastié s’en donnent à cœur joie.

Mais cette sinistrose ambiante n’est pas une fatalité. La désignation de boucs émissaires, les procès intentés aux moins-Français-que-les-autres, la sempiternelle référence aux racines judéo-chrétiennes de la France, sont autant d’attitudes qu’il convient dans un premier temps d’objectiver pour ensuite montrer qu’elles ne tiennent pas la route. Le refus du multiculturalisme français ne résiste ainsi pas à l’examen objectif des faits.

Car si la France est liberté, égalité, fraternité, elle est également diversité. Cette idée, essentielle, restera un lieu commun, si nous ne parvenons pas à l’incarner dans l’esprit de nos concitoyens. Et quelle plus belle entrée que la culture pour cela ?

En France nous avons Johnny Hallyday, mais nous avons aussi NTM ; nous avons Brassens, mais nous avons aussi IAM. Tous ont leur place au sein de la chanson française, si politiquement incorrects qu’ils aient pu être. Quand George Brassens se délectait du « gendarmicide » dans son Gorille, quand Renaud parlait du « roi des cons » sur le trône des Français, ou quand Philippe Katerine entonnait du « Liberté, mon cul, égalité, mon cul, fraternité, mon cul », jouant avec – voire foulant au pied – les symboles de la République, leur a-t-on pour autant fait un procès de mauvais Français ? Certains oui, toujours les mêmes…

Dans un département comme celui de la Seine-Saint-Denis, où des centaines de nationalités cohabitent, nous appréhendons cette histoire et cette culture partagées avec une acuité toute particulière. Première, deuxième, troisième ou dixième génération d’immigrés, chacun doit trouver sa place au cœur de la République.

Le peuple de France est riche de sa diversité. Prenons la culture française par exemple : elle est aussi large, vivante et irrévérencieuse qu’elle est diverse, et c’est ce qui fait sa force. Johnny Hallyday était la France, mais pas toute la France, et ce n’est pas grave. La culture bénéficie d’ambassadeurs aux mille visages, et nous en faisons partie. Ne soyons pas naïfs : nous sommes encore largement perçus par notre sexe, notre couleur de peau, notre orientation sexuelle, qui sont autant de marqueurs que l’on nous renvoie au visage quand on accède à des postes à responsabilité, au premier chef en politique. Cela ne nous empêche pas pour autant de les dénoncer.

Surtout, cela ne nous rend pas moins légitimes à porter la voix des quartiers populaires. On constate tous les jours des initiatives formidables sur le terrain que nous tentons de relayer, des nouveaux médias qui émergent et s’imposent dans le paysage français, des associations qui agissent au quotidien tout en portant un discours mobilisateur pour tout le pays, chacun voulant à sa manière imposer dans le débat public la voix des précaires et des exclus. Nous voulons que le politique se saisisse de ces sujets d’importance, en lien avec la société civile, car nous pensons que c’est aussi cela le rôle du service public.

Intellectuels, associatifs, bénévoles, politiques, tous refusent les étiquettes que tentent d’accoler aux habitants des quartiers populaires ceux qui ne nous connaissent pas et qui ne savent pas de quoi ils parlent. Nous revendiquons fièrement notre appartenance pleine et entière à la société française et notre place au cœur d’une République qui est, de fait, diverse et multiculturelle comme elle l’a été pendant des siècles et comme elle continuera, je l’espère, toujours de l’être.